Lynchage socio-médiatique : la tendance de la honte !

Le Web dans sa forme sociale, dite aussi participative, voire 2.0, offre à tout un chacun la possibilité de s’exprimer en temps réel en interagissant derrière son écran d’ordinateur ou de smartphone avec les contenus publiés. Or, cette possibilité donnée aux internautes est manifestement loin d’être utilisée pour de la critique constructive mais plutôt pour du lynchage, de l’insulte et de l’attaque ad personam, aux personnes et non aux propos.

Puisqu’on parle souvent des tendances du digital : objets connecté, Wearables, big data et que sais-je encore parmi les innombrables innovations disruptives, parlons le temps d’un article de celle-ci, ô combien honteuse : l’insulte, qui devient, au-delà de la tendance, une vague de fond, un Tsunami !

« Mais quel con ! » répondit un gars d’outre Méditerranée, bien installé dans ses préjugés, à un tweet controversé que j’avais écrit sur la plate-forme de micro-blogging sans en vérifier ni le contexte ni en apprécier le second degré. Je reste persuadé que Roland Barthes, fervent défenseur du contexte, se retourna dans sa tombe le temps de ce reply n’atteignant même pas le quart des 140 caractères autorisés. L’insulte serait-elle le raccourci le plus gratifiant des égos égarés dans la jingle informationnelle ?

« Mais quelle sous merde ! » répliqua l’autre, bien de chez nous, confirmant la règle existentielle de l’enfer c’est l’autre ! Merci Sartre pour cette pensée devenue dicton, qui n’arrête pas de prendre du sens d’une génération à une autre. Les Génération Y et Z en font peut-être leur crédo en incarnant l’autre, le prolongement et l’alter égo de leurs aînés dans une guerre sans merci à tout ce qui semble contrecarrer leurs idéaux.

Et que sont leurs idéaux ? Nul ne le sait, surtout pas eux, les millenials, subissant une culture mondialisée, incroyablement métissée, dominé par les Star Wars, les mangas,… bercé par Hollywood, la publicité, l’art contemporain, (« Comptant pour rien » aurait dit Gad El Maleh), la photographie, le cinéma,… l’image tout simplement…. et le numérique qui a tout changé.

Le numérique, en catalysant tout, a fini par ne rien catalyser ! Sa promesse de démocratiser le savoir, l’information et de favoriser l’intelligence collective et la Pollinisation n’est pas en phase de se vérifier. Bien au contraire, l’accélération de la circulation de l’information et la participation collective a condamné le savoir et la communication. L’infobésité et l’hyperconnectivité ont transformé l’espace public en arène où se battent, tel dans la matrice des frères Wachowski, des héros, des méchants et des sentinelles et où les oracles seraient ces personnages déconnectées de la matrice ayant refusé la pilule rouge de la connexion et préféré la pilule bleue de la liberté.

Bienvenue donc à la matrice, sauf que les armes les plus répandues de nos jours, surtout chez nous, sont les insultes. Rien qu’hier, la Webosphère marocaine a réagi collectivement et hostilement à un Hoax, autrement dit une rumeur, par une salve de diffamations et d’insultes. L’image que vous avez sûrement vu sur vos timelines est celle d’un chèque remis, paraît-il à une bonne, c’est du moins ce qui a été dit pour faciliter l’interprétation. Sans vérification aucune, les hommes et les femmes derrières leurs écrans de misère et leur pseudonymes se sont mis collectivement et à l’unisson à lyncher la prétendue émettrice de ce chèque. Le bad buzz du jour était garanti. Il s’avéra alors que l’histoire était inventée de toute pièce et que le chèque n’avait aucune relation avec les faits racontés. Il suffisait de lire, le bénéficiaire était un restaurant de Sushi. Miam Miam…

Je serais tenté de dire, pour faire « in » à l’ère du lynchage 2.0 que « Texte sans contexte n’est qu’un con texte ! « . Les artistes d’un autre âge disaient fièrement que l’art est difficile mais la critique est facile. Que dire aujourd’hui de l’insulte qui devient un acte normal et un raccourci tentant pour ces générations montante et ces foules 2.0 ?

« L’art est impossible, la critique est difficile mais l’insulte est facile. » Oui mes amis, l’art comme le savoir sont en panne, l’information va à 1000 à l’heure, les temps s’accélèrent, et l’insulte devient la forme de feed-back la plus répandue pour tout casser. A mon sens, cette vague d’animosité et d’hostilité qui a émergé sur le Web n’est pas prête à se calmer et va s’amplifier davantage au fil du temps. Castratrice, elle s’attaque plutôt à la liberté de la pensée qu’à celle de l’expression. Précurseur, Kierkegaard, cette lumière venue du nord, disait à juste titre : « Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter. » 

C’est au risque d’un « Vas te faire foutre » que je clos ce billet avec en tête le proverbe arabe « La caravane passe, les chiens aboient » qui résonne dans toute sa splendeur, un proverbe qui n’a jamais pris de ride !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s