Bouzebal et le Bouzebalisme

Qui ne connait pas Bouzebal? Le personnage n’est ni un mythe contemporain ni un avatar virtuel mais une réalité « sociale » et le Bouzebalisme, une théorie émergente qui mériterait d’être prise au sérieux. Bouzebal n’est pas un personnage rebelle et naïf mais un ‘mème‘ venu d’ailleurs qui s’est adapté à une réalité qui n’est pas la sienne, une sorte de virus dévastateur venu pervertir, casser et tuer tout semblant de culture et de création artistique par une salve de vannes vaseuses et une médiocrité à toute épreuve. Heureusement que le phénomène est en déclin ces derniers temps mais attention à ses séquelles et répercussions sur la mémoire collective des jeunes et des moins jeunes ainsi que les générations futures.

La naissance de Bouzebal

D’après les recherches de Geeks invétérés, Bouzebal serait né aux Etats-Unis de parents inconnus mais n’ayant pas connu le succès recherché, il émigre au Maroc vers la fin des années 10 de notre ère. On lui colle illico le sobriquet de Bouzebal qui désignait initialement dans l’argot de la jeunesse urbaine le « Gueux ». L’association sémantique (image/nom) devient vite une icône populaire et ne cesse de s’amplifier sur le Web social marocain à force de création de contenu (photo et video), de partages, de likes et de commentaires. A noter que dans ses élans nuisibles, Bouzebal n’hésite pas à nouer des partenariats IRL, créant ainsi des ponts entre le virtuel et le réel. Celui noué avec « Le Prasson« , avec tous les dégâts que l’on connaît, avait fait le buzz à un certain moment. Il essaya même de s’exporter en terre d’Egypte mais en vain. Son plus grand succès, c’est au Maroc qu’il l’a connu, pas en Algérie, pas en Tunisie ! Allez savoir pourquoi mais c’est au Royaume Chérifien que la Saga de Bouzebal a eu lieu. Il faut dire que Bouzebal a toutefois abusé de l’hospitalité marocaine puisque, sans foi ni loi, le « mème » s’est permis tous les excès et tous les maux, au nom du partage et de la liberté d’expression, profitant d’un terrain propice à une créativité de mauvais goût et un partage démesuré, en l’occurrence Facebook. Arrivant au bon timing, Bouzebal s’installe en toute sécurité et met en oeuvre son méchant stratégème en toute impunité. Il faut dire qu’il en a eu le courage nécessaire et de l’autre côté, personne pour lui barrer la route: que des vents favorables pour qui sait où il va!

La prolifération de Bouzebal

Bouzebal affectionne l’image. Il en use et abuse à souhait et en fait son terrain de jeu par excellence. Adepte de Confucius et son image qui vaut mille mots, Bouzebal n’hésite pas à se pavaner sur tous les murs pretextant apporter le sourire souhaité par des internautes assoiffés de rire et d’émotions. Moyennant des images fixes photoshopées à la perfection ou pixélisées à mort, Bouzy est prêt à tout pour atterrir sur votre timeline. Sa devise: tous les moyens son bons pour buzzer ! Pour ce faire, il agit tantôt seul, tantôt en bande organisée. Ses complices de fortune sont des « mèmes » mercenaires venus aussi de terres lointaines ainsi que des amis qu’il s’est fait localement lors de ses pérégrinations dans les quartiers chauds de Casablanca et sa prospection du côté de la grande horloge du complexe Mohamed V. Parmi eux le fameux 9ri9iba dont le rêve est de devenir un agent de sikirity. Son ennemi juré et alter égo n’est autre que Kilimini, archétype de l’enfant gâté des quartiers riches des grandes métropoles et du wannabe riche des classes moyennes. Or, Bouzebal a plusieurs fleches à son arc : il parle la langue du peuple, plus précisément des couches défavorisées, il s’impose grâce à un charisme avéré, une attitude ambivalente et une bêtise à vous couper le souffle. Le Mème incarne le rôle d’un Bad Boy des quartiers périphériques, ce qui permet à une large audience de s’y identifier ou de le refouler éperdument.

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Bouzebal, c’est l’autre !

Et l’autre c’est sûrement pas moi dans ce cas précis. Il faut dire que dans la logique bouzebalesque, l’autre est pire que l’enfer. On lui fait porter tous nos malheurs, nos échecs et nos tares, dans une approche des plus schématiques et des plus irresponsables! Ceci étant, il est possible de se défouler de deux manières opposées : soit on juge l’autre d’inférieur et on lui attribue automatiquement le titre de Bouzebal, soit on flaire chez lui un brin d’élitisme et on lui colle direct le cliché de Kilimini. Des ses élans nuisibles, Bouzebal n’hésite pas à taxer l’autre de 3ya9a, voire de 3ya9a 2.0 s’il s’agit d’un échange sur la toile réduisant le dialogue à la moquerie et l’autre, surtout quand il exprime ses idées, d’intello à côté de la plaque. Si l’autre est ainsi perçu, interprété et traité, comment pourrait-on atteindre la paix sociale et le vivre ensemble tant espéré par nos doyens et implicitement désiré par la génération Y ?

Qui est derrière Bouzebal ?

Bouzebal est l’exemple type du contenu généré par les utilisateurs (User Generated Content) car depuis sa création, sa diffusion et son partage, il a été porté, mis en forme et augmenté par les utilisateurs dits aussi contributeurs et non une institution, une marque ou un media comme c’est le cas des caricatures classiques. Bouzebal et sa bande est un cas d’école car de ma connaissance jamais un mème n’a été aussi partagé et aussi adopté par une communauté de l’histoire récente du Web. Derrière Bouzebal se cache aussi des contributeurs clés qui font des vidéos dites virales et des e-journalistes qui surfent sur sa vague pour augmenter leur audimat. A noter que les marques commencent à s’emparer du concept et sa terminologie dans leur discours.

En quoi Bouzebal est-il nuisible ?

En occupant la scène, Bouzebal n’a laissé la chance à aucune autre initiative qu’elle soit bonne ou mauvaise. Et comme le miel attire les abeilles, des Sina et autres phénomènes n’ont pas hésité à faire le pas, prenant comme idole et exemple à suivre le Bouzebal bien aimé de la nation. Aimé et haï dans le même temps, Bouzebal est sujet à dualité métaphysique : on en rit, on s’en moque, on exprime à son égard notre côté sadique et notre soi disant supériorité et c’est en grande partie le pourquoi de cet amour démesuré: le « je t’aime, moi non » plus dans toute sa splendeur! Voilà en quoi Bouzebal peut-être nuisible mais la liste de ses délits et dégâts peut être longue, très longue même.

Il faut tuer le soldat Bouzebal !

Le Bouzebalisme n’est pas une tendance passagère mais un fléau qui s’est abattu sur les marocains via le web social. Ces derniers au lieu de tirer profit des innombrables possibilités et avantages qu’offre le Web social en matière d’information, de savoirs et de connaissances, sont en train de perdre leur temps avec le bouezbalisme et tout ce qui va avec comme contenu, style de vie, langage, divertissement et j’en passe. Pas la peine de vous faire un dessin, l’heure est grave et il est temps de combattre le bouzebalisme journalistique, entrepreneurial, marketicien et managérial par tous les moyens. A noter que le mimétisme et le copier-collisme bien propres aux web social contribuent largement à la propagation de ce fléau. Quelques pistes de résolution: Production, traduction et curation de contenus et d’informations de qualité pour les générations actuelles et futures. Chacun de son côté peut veiller du mieux qu’il pourra à respecter l’éthique tout en privilégiant la qualité sur la quantité, tout en évitant et en dénonçant la médiocrité. Ainsi des contenus dans toutes les langues (Amazigh, Arabe, Francais, Anglais,…) pourraient être partagés par le plus grand nombre. Cela peut vous sembler utopique mais il est temps de penser à réguler ce web social devenu un vrai chaos. Et n’oubliez pas que tout grand projet commence avec une prise de conscience. 

Glossaire 

3chir (i) : Désigne l’ami dans le jargon de Bouzebal.
Bouzebal : Mème devenu icône populaire sur le Web Social marocain
Bouzebalisme : Théorie relative au phénomène Bouzebal
Bouzebalesque: Désigne tout ce qui est relatif à Bouzebal et au Bouzebalisme
Bouzy: diminutif de Bouzebal, pour les intimes.
Buzz : Information qui atteint un niveau de visionnage élevé grâce au partage des internautes (et non à la publicité en ligne).
Curation : Action de relayer (et de recommander) du contenu que l’on a pas produit soit même.
Génération Y : réunit tous ceux qui sont nés entre 1979 et 1995. Une génération connu pour avoir été bercée dans le digital dès son jeune âge. A différencier de la génération Z qui est née dans le digital.
IRL : In Real Life, dans la vraie vie, par opposition au virtuel.
Kilimini: opposé et alterego de bouzy souvent issue de la High classe ou de la classe moyenne. Dérivé potentiellement de l’expression: « Qu’il est mignon » et rapporté par les bonnes travaillant chez l’élite casablancaise.
La3ya9a : Action par laquelle un Kilimini prend de haut ou traite de sujets compliqués pour Bouzebal. C’est ainsi perçu tout intellectuel ou homme de savoir, tout artiste et toute personne vis à vis de Bouzebal.
Le Prasson: Ami IRL de Bouzebal. Enfant des quartiers défavorisés de casa, fan du Raja et prônant le Bouzebalisme comme style de vie.
Like : Anglicisme relatif au bouton « j’aime », essentiellement sur Facebook. Dans le Bouzebalisme, il ne s’agit pas de cliquer mais de « 3fat » sur « j’aime ».
Timeline : Succession chronologique de publications (Stories) sur le mur d’un réseau social.
Mème : Dessin, généralement un portrait ou un visage exprimant une émotion forte qui circule sur la toile. A différencier de l’émoticone.
Mur : Ici le mur n’est pas en béton mais désigne l’interface personnel d’un profil sur un réseau social comme Facebook.
Sina : Star auto-proclamée de la scène web marocaine dont les vidéos, d’une qualité nettement sous la moyenne, buzzent sur Youtube
Social : Désigne ici le social dans sa dimension digitale suite à l’émergence des réseaux et médias sociaux.
Web 2.0 : ou Web Social, deuxième génération du Web qui a explosé en 2001 pour prendre son envol en 2005. Web Participatif fait essentiellement par les internautes et non par les institutions et les marques.

3 réflexions sur “Bouzebal et le Bouzebalisme

  1. rahmo mohamed dit :

    بوزبال من النمطية إلى البطل
    هل إنتشار الكومكس والممز على طريقة بوزبال بداية نهاية الهوية الفكاهية المغربية، لأن المغاربة لم يعود يتوفرون على إبداع ذاتي ما اضطرهم إلى إستيراد القلب وصياغة المحتوى رغم أنه وبعد استنفاد الأفكار عدو إلى بداية الأمر وهي الاستيراد مرة جديدة إذن فلب المشكل لا يكمن في إمكانية الاضحاك بل هو أكثر من ذلك واختر من ذلك هو ضعف في القدرة الابداعية .

    صياغة النمط و قولبته في الرسومات التي كان الهدف منها محوه ومحاربة نوع الشخصية أو على الأقل نقدها حولها إلى بطل يتأثر به الشباب والأطفال
    كنت قد بدأت في كتابة هذا المقال نهاية سنة 2012 … للاسف لم أتممه ولكن أظن ما قلته يا ياسر كافي وأكثر

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